Accueil
La bataille de Rabosée Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
UNE BATAILLE: LA BATAILLE DE RABOSEE

3 août.
Sur le front prodigieux de Liège, mordu par le soleil, un souffle de fièvre a passé. Pics et bèches rident le sol.
Soldats et civils rivalisaient d’entrain. L’air que l’on respire brûle. Les grandes heures se détachent lentement sur un front de flammes, de fer.
A l’aube, quittant son cantonnement de Jupille, le 1er bataillon du 9ème de Forteresse est désigné pour occuper le secteur Meuse (aval) Barchon, la 2ème compagnie à son extrême droite sure le plateau de Rabosée où elle fait la relève d’une unité du 14ème de Ligne. Les avant-postes sont établis soigneusement, le soir par l’adjudant Albert Beekman.
Le 4 août vers 14 heures, les avant-postes sont supprimés et remplacés par des sentinelles plus proches des différentes tranchées. La 2ème compagnie du 9ème Forteresse est détachée de son bataillon d’origine et placée sous les ordres du major Clerdent du 14ème de Ligne, en même temps que les unités précitées (…).
5 août ! Dès le matin, les échos se raniment aux mille bruits du travail. Il faut aller vite. Dès 15 heures en effet, des pièces allemandes de gros calibres bombardent le fort de Barchon. Le plateau de Rabozée est balayé par un feu de shrapnels.
Voici les Allemands. Le caporal patrouilleur Hubert nous fait signaler l’ennemi dans le ravin du Pays de Liège. L’infanterie ennemie, dissimulée derrière les haies, protégée par la teinte de ses uniformes, se lance brusquement à l’assaut. La fusillade des nôtres la contient, sauf sur la route de Jupille, à Visé où l’ennemi est parvenu à s’avancer jusqu’au carrefour des Quatre-Bras. A e moment, revient de Wandre, dare dare, un brave fourrier du 11ème de Ligne qui a été dépêché par le major Clerdent, avec une mitrailleuse, avec ses chiens et heureusement quelques munitions. Le temps de la mettre au point et le toque-toque commence !
Trente minutes après, la situation est rétablie : les premières scènes d’horreur commencent. C’est ainsi que nos soldats reçoivent le baptême du feu. Le premier brave tombé est le soldat Bogaerts, un ancien clairon du 9ème. D’autres suivent : sergent Barthélemy, soldats Streel, Ceulemans, Aglave et le plus brave sans doute, Buguin ; d’autres encore et surtout des blessés. Quant à l’ennemi, il faut l’avoir vu. Un charnier ! Des morts dans toutes les positions, des mourants qui trouvent encore la force pour vous montrer le poing ou quelques mots pour nous maudire (…).
Vers 20 heures, le lieutenant Simon, avec un peloton du Génie, vient nous aménager des abris. Ces derniers sont terminés non sans peine : la soirée n’est qu’un bombardement intermittent. Dès 22 heures, les caporaux Hubert du 9ème et Thyssen du 14ème, chefs de patrouilles envoyées vers Housse, Dalhem et Argenteau, annoncent le retour de l’ennemi. Des cyclistes de l’armée allemande sont signalés sur les routes menant vers Dalhem et Argenteau. L’on apprend, en même temps, que les habitants de ces localités fuient dans le soir devant les hordes teutonnes. Le plus grand silence est prescrit. Il pleut… Une pluie fine, désespérante. Les genoux glissent contre les parois humides ; les semelles collent au sol. C’est une nuit noire.
Vers 23 heures 30, un, puis plusieurs phares électriques de grande puissance, installés au-delà de Barchon, arrachent à l’ombre la route de Rabosée à  Argenteau. Ils balaient la plaine. Nos soldats, derrière les haies épaisses et au fond des tranchée, se tiennent immobiles. L’ennemi ne saura pas…
Le fort de Barchon jaillit à son tour de la nuit. Les flammes des incendies, allumés à Barchon et dans les environs, le signalent à l’ennemi installé à Blegny. L’attente… Les yeux sondent la nuit. Les oreilles se tendent vers les horizons. Le cœur serré, les mains convulsées sur le fusil, nos soldats veillent. Il pleut. Des ombres… Les soldats Gossens du 14ème de Ligne, Beuamont du 9ème de Ligne, en sentinelles, reviennent vers leur tranchée.
-    Le Commandant ?
-    Là !
-    Mon Commandant, les Allemands sont là !...
Les Allemands. Voici donc l’heure. On est prêt ! N’a-t-on pas appris que 82.000 Français viennent d’arriver à Liège dans 51 trains (ndlr : fausse nouvelle). Ne sait-on pas, d’autre part que les prisonniers allemands se sont montrés étonnés et émerveillés de la résistance des Belges ! On va combattre et tenir ! Combattre les Allemands, que l’on connaissait bien déjà ; tenir jusqu’à l’arrivée des  Français et sonner avec eux la charge libératrice. Par quelles alternatives d’espoir ne passe-t-on pas à dans ces moments tragiques ?
Les voilà ! Une rumeur d’abord. Quelque chose d’indéfinissable. Puis des voix… Le martèlement des bottes. L’ennemi doit marcher en formation serrée. Ayant vu les postes de surveillance inoccupés, sans doute croyaient-ils trouver le passage libre. Des bruits multiples trouent maintenant la nuit. Chez les nôtres ; me calme. L’ennemi est à trente mètres…
-« Feu à volonté ». C’est la voix du sergent-major Evrard, commandant un peloton du 14ème de Ligne 3ème Compagnie ; mais l’ennemi est ressaisi. Il riposte.
Le premier sergent-major Tricot et quelques hommes tombent. La 2ème Compagnie du 1er bataillon du 9ème Forteresse que commande à présent l’adjudant Beekman, exécute un feu à volonté dans le flanc de l’ennemi qui se retire en déroute.
C’est au plus fort de la bataille que le caporal Hubert prend des hommes de bonne volonté pour réalimenter les cartouches vides et cela à deux reprises.
L’ennemi nous lance des shrapnels ; nous avons des morts et des blessés, dont l’adjudant Beekman du 9ème Forteresse.
Un cauchemar ! Entre deux salves, l’ombre épaisse se peuple de bruits étranges jaillis de l’armée ennemie. Mais une mitrailleuse conduite par le brave sous-officier Lenders du 11ème de Ligne vient à la rescousse. Des cris, des plaintes devant nous. Le sol tremble sous l’invisible assaut de vagues sans cesse renouvelées.Des fifres aigrissent l’air, des clairons  d’enfer cornent la mort. Et puis des voix, étranges elles aussi : Vorwaerts ! Kaiser ! Patronen, qui, mille fois répétées, semblent sortir d’on ne sait quelle poitrine surhumaine. Mais qu’est-ce ? Cessez-le feu !
Et les Allemands attaquent ! Une ruse de l’ennemi peut-être ? Nous tirons toujours. Les balles sifflent aux oreilles. Une nuit d’encre. Toute la 25ème brigade allemande, commandée par le général Von Massow, grouille là dans l’ombre. Des fantassins ennemis parviennent à toucher le parapet des tranchées, devant lesquels il y a cependant des fils de fer barbelés. On les abat sur place. Les soldats Beaunom et Prévost sont là pour les recevoir. La nuit est avec eux. Repérés depuis longtemps, nous luttons contre deux adversaires : les Allemands et l’inconnu. C’est avec rage que l’on bataille.
Pendant combien de temps pourrons-nous maintenir notre barrière de feu ?
Il est deux heures du matin. L’effort de l’ennemi se concentre particulièrement sur la petite maison de M. Falla, située à front de la route vers Argenteau. Malgré la défense, le fortin grouille bientôt d’adversaires. Les Allemands installent leurs mitrailleuses aux fenêtres de l’étage. Une pluie de fer tombe instantanément sur les tranchées. Et c’est l’assaut !
L’aube ! ... Seul, le restant de la 2ème compagnie du 1er bataillon du 9ème forteresse, sous les ordres du sergent Vander Beken tient encore la redoute, les rescapés-ce fut miracle !- furent faits prisonniers. Ils ne sont que 19 et ont les honneurs de la guerre. La contre-attaque viendra trop tard. La tâche de nos admirables fantassins est terminée. Le but des Allemands, en effet, en les attaquant avec la rage que nous avons relatée, était de forcer à la faveur de la nuit, l’intervalle Barchon-Meuse. Ils ne passeront pas.

Van Der Beken B. et H., La première bataille belge. Rabosée 5-6 août 1914, Bruxelles, s.d, pp. 11-12 partim.

Extrait de cahiers de la Société d’Histoire et d’Archéologie du Plateau de Herve, Dossier pédagogique, "Le Plateau de Herve dans la tourmente", "Mémorial août 1914,"  Préparation : Thomas Lambiet,  Historien, Président de la Société


LES COMBATS DE RABOSEE EN AOUT 1914

Voir aussi le lien:  
http://www.saive.be/s_histoire_rabosee.htm 

 
< Précédent