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2007 Conférence de Gaëlle Simons Les époux Hagelstein... Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

8 lettres pour évoquer la période où Joseph Hagelstein est emprisonné au Stalag XI A d’Altengrabauw, à 40 km de Berlin, 

Depuis sa création, la Shaph a notamment pour objectif de collaborer avec les établissements scolaires, de mettre sur pied des projets trouvant écho dans les écoles de tout niveau et de tout réseau.

En décembre 2007, nous avons accueilli une toute jeune conférencière, Gaëlle Simons, qui est venue faire part de ses recherches historiques dans le cadre de son travail de fin d’études au Collège Notre-Dame de Gemmenich.

Elle a réalisé un travail de fin d’études ayant comme toile de fond les débuts de la guerre

40-45 et, comme objet principal, une partie de la correspondance (8 lettres) entre Anna Weyckmans et son époux Joseph Hagelstein, emprisonné au Stalag XI A d’Altengrabauw à 40 kilomètres de Berlin. Un exposé non seulement riche d’informations mais aussi d’émotion. Un exposé touchant de par la volonté de Gaëlle de contribuer à notre devoir de mémoire.

 

Le soldat milicien J. Hagelstein était affecté au 31ème régiment de ligne, 4ème peloton hors-rang.  Ce régiment faisait partie de la 15ème  division d’infanterie mobilisée le 24 septembre 1939. Leur QG  se situait à Lierre près d’Anvers. 

Après un passage à la caserne Fonck de Liège, J.H. apprit son affectation : il devrait défendre la ligne KW (de Koningshooikt à Wavre, le long de la Dyle).

 

Notre conférencière a rencontré des difficultés à reconstituer le parcours de la compagnie de J.H. car aucune lettre ne mentionnait un quelconque parcours. Dans l’ouvrage de P. Taghon, Mai 40, la campagne des 18 jours publié chez Duculot, elle a néanmoins trouvé quelques informations.  Le 27 mai, le 31ème de ligne s’est replié aux alentours de Passendale, le long de la ligne de chemins de fer où l’armée a amené 2000 wagons entre Ypres et Roulers.  Cet ensemble formait un mur anti chars improvisé.  Les soldats installés là vécurent leur dernier combat.  Le 31ème de ligne y perdit 67 hommes, dont 3 de Welkenraedt : J. Beckers, J. Kever et J. Moreau.  Et, dans un verger d’une ferme aux environs de Passendale, un grand nombre de soldats parmi lesquels se trouvait J.H. attendirent la fin du conflit avec l’espoir de pouvoir rentrer à la maison. Il en fut tout autrement.

 

Après la percée de la Meuse par les Allemands, l’armée belge se vit obligée de se replier sur la ligne Anvers-Wavre puis sur l’Escaut et, ensuite, sur la Lys. La 15ème division de J.H. tomba sous les feux de l’ennemi mais lui infligea tout de même une défaite le 27 mai à Vinkt.

Après la capitulation belge, 225 000 soldats furent transportés soit dans les oflags (camps pour officiers), soit dans les stalags (camps pour soldats). Selon le témoignage oral de Monsieur Victor Tychon en décembre 2006, c’est en colonnes de marche et en camions que les prisonniers ont rejoint une localité proche d’Anvers. Là, en bateau, ils ont navigué jusqu’à Hambourg et puis, en camions une seconde fois, et ce jusqu’à la dernière destination : Altengrabauw, stalag XI-A. Une immense caserne qui accueillait par le passé les soldats allemands nous servi de camp de détention.

Ce camp a fait l’objet d’un travail assez précis.  L’auteur en est F. Montant, Altengrabauw Stalag XI-A, Les Audois, Carcassonne, 1999.

Gaëlle Simons présenta ensuite les époux Hagelstein. 

Joseph Hagelstein est né à Charneux le 31 août 1908 et épousa Anna Weyckmans le 15 avril 1936. Il est donc déporté après 3ans de mariage, à l’âge de 32 ans. Les époux n’ont jamais eu d’enfants. Il fut libéré un peu après le 21 septembre 1940 selon le témoignage de V. Tychon qui se trouvait dans le même camp.  Son dernier courrier connu date du 1er octobre 1940 où il propose à son épouse de s’informer de sa détention auprès de ses compagnons rentrés plus tôt. La connaissance de la langue allemande ainsi que du patois local permit sans doute à J.H. de quitter le stalag plus tôt comme ont d’ailleurs pu le faire aussi un grand nombre de soldats flamands.

 

La troisième partie de l’exposé consista en l’analyse des courriers échangés par les époux.

Les lettres d’Anna Weyckmans sont toujours écrites sur le même type de papier.  A.W. utilise un stylo et de l’encre noire.  Son écriture est lisible mais, néanmoins, quelques fautes d’orthographe apparaissent.  Ses tournures de phrase sont exactes mais l’origine patoisante se devine. Les mots doux sont également originaires du patois.  Ses courriers sont très positifs. Elle indique à la fin de chaque lettre ses noms et adresse. Elle réécrit également le numéro de prisonnier de son mari au début de trois des quatre lettres.

Les principaux thèmes abordés sont : les colis, la libération des connaissances, la ferme que A.W. doit gérer, le fait de devoir demander un laissez-passer pour se rendre dans les régions annexées, la censure.

Les enveloppes sont toutes semblables. A.W. utilise la même encre que sur les lettres. Afin de ne pas devoir oblitérer, la jeune femme écrit dans le coin supérieur gauche « Gebührenfrei » (sans frais). Les lettres sont ouvertes très respectueusement et proprement pare les Allemands lors des vérifications.  Un cachet mauve en informe le destinataire (« Geprüft »).

J.H. écrit toujours sur ces cartes ou des lettres préimprimées.  Sur la première carte envoyée, il a simplement dû cocher son état de santé.  Les trois autres lettres autorisent la rédaction de quelques lignes.  Sur le recto de la carte, le prisonnier doit remplir différentes formules telles son nom, son numéro de prisonnier, les noms et adresse du destinataire de la carte.  Le même cachet de vérification montre que les lettres venant d’Anna sont passées à  la censure.

J.H. écrit toujours au crayon, son écriture est très claire. Son orthographe est imparfaite.

Les principaux thèmes abordés sont : sa santé, les colis, les connaissances à rencontrer pour s’informer.  Dans ses lettres, on sent qu’il n’aspire qu’à une chose : être libéré. J.H. se contente de donner de ses nouvelles. Il ne donne absolument pas d’informations sur ses conditions de vie ou sur son quotidien. Il affirme juste qu’il est « assez bien » dans le camp de détention.

 
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