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"La vie quotidienne au plateau de Herve à travers les siècles"

Un premier forum d'histoire locale organisé par la Société d'histoire et d'archéologie du plateau de Herve à  la

Maison du tourisme du Pays de Herve 

"Langues, enseignement et cuture à l'époque moderne"

Alfred MINKE 

Si l’on circonscrit le Pays de Herve à cette portion de territoire en forme de polygone ayant pour sommet Liège, Maastricht, Aix-la-Chapelle, Montjoie et Verviers, apparaît d’abord un paysage linguistique riche et varié où se côtoient plusieurs langues écrites et dialectes parlés aux confins soit de la romanité soit du monde germanique qui se fécondent mutuellement. Que cette situation enviable n’ait engendré que peu d’activités culturelles n’étonne qu’à première vue. L’état piteux de l’enseignement fondamental et l’absence d’un établissement d’enseignement secondaire expliquent largement cette pauvreté intellectuelle. Un changement interviendra avec la fondation en 1777 d’un collège à Herve. Dans son sillage, des libraires-imprimeurs s’établiront dans la Ville et deux périodiques verront le jour… Néanmoins, l’accès au savoir restera réservé très longtemps encore à une élite sociale et économique.

 

« Hommes et femmes de la Préhistoire »

Joseph DENOEL

        1. L’archéologie

Décrire la vie quotidienne des préhistoriques en une conférence me semble impossible. Ces sociétés ont été si nombreuses et leurs modes de vie se sont modifiés considérablement au cours du temps. Pour les approcher, le mieux est de visiter le Préhistosite de Ramioul, l’Archéosite d’Aubechies mais aussi le musée de Tongres, celui de Berneau et d’autres structures qui méritent qu’on s’y intéresse comme les dolmens et menhires de Wéris, le dolmen de Stein aux Pays-Bas, voire le polissoir de Slénaken.

Les Paléolothiques ont occupé nos régions jusqu’en 10.000 BC. On peut les décrire sommairement comme des chasseurs à la sagaie. Leurs témoignages ne sont pas nombreux sur le Plateau et se cantonnent aux bords de celui-ci, surtout au sud, le long de la Vesdre.

Les Mésolithiques leur ont succédé. Ils étaient aussi des chasseurs-cueilleurs mais leurs artefacts sont très petits (chasse à l’arc).Ils ont laissé de nombreuses traces, également sur les bords du Plateau  et surtout le long de la Vesdre.

Les Néolithiques sont venus aux environs de 6.000 années BC. Agriculteurs, ils vivaient de la chasse, aussi de leurs plantes et animaux domestiques. Sans laisser quasi aucune trace d’habitat, ils ont beaucoup exploité la richesse première de notre région, le silex. Les sites d’extraction et les ateliers de taille du silex se situent dans un triangle posé sur la Meuse, dont le sommet arrive à Aix et qui atteint Herve et Maastricht. C’est le Néolithique final qui est le mieux représenté dans la région.

L’âge du Bronze s’étend de 1.800 à 750 BC et n’est pas spécifiquement représenté, encore que l’exploitation du silex régional se soit maintenue vraisemblablement.

L’âge du Fer qui clôture la Préhistoire a laissé beaucoup de traces : sentier d’animaux domestiques, nombreux tessons de céramique et le silex était encore exploité. Cependant, aucun habitat de cette époque n’est attesté avec certitude.

Des mégalithes sont connus à des distances peu éloignées de la région : Wéris et Stein aux Pays-Bas, mais aucun sur le Plateau. Un seul monument spectaculaire se dresse chez nous ou presque chez nous : le splendide polissoir de Slénaken (Néolitique, Bronze, Fer ?)

        2. La paléolinguistique

On reconnaît quelques racines celtiques et préceltiques dans les toponymes du Plateau. L’étude des langues apportent beaucoup d’éléments curieux. Les linguistes expliquent que la langue celte est indo-européenne, comme le germain, le slave, le latin… Elle a subi des modifications précoces étonnantes, qu’on attribue au substrat linguistique de la Préhistoire. Ce substrat est apparenté à des langues africaines, au berbère et à l’ancien égyptien. Les Néolithiques auraient-ils parlé un idiome de cette famille dans nos régions ?

        3. La mythologie comparée

L’étude des particularités de la littérature celte, de leur mythologie, de leur religion, du statut de la femme, de leurs connaissances en mathématiques étonnent encore. Ils auraient hérité de connaissances anciennes, datant peut-être du Néolithique et attestés dans la structure de certains mégalithes. Les Celtes auraient-ils initié les Grecs à la mathématique ? Pythagore serait-il venu étudier en Gaule… ? Peut-être le dodécaèdre trouvé à Bassenge est un indice qui va dans cette direction.

Conclusion :

Depuis le Bronze final, toutes les sociétés semblent avoir été hybrides, soumises à des influences multiples. De nos jours, de nombreuses croyances d’origine préhistorique sont toujours vivaces. Nous restons des hommes de Cromagnon…

« La médecine populaire à Melen et environs aux XIXème et XXème siècles »

Yves BASTIN

La médecine populaire est un sujet souvent traité par les ethnologues et les folkloristes. Mais ils l’abordent fréquemment en se limitant à publier des extraits de carnets de guérisseurs, sans restituer ces documents dans leur contexte ou en évoquant quelques personnages célèbres dans une vaste région. Entre ces contextes restreints et fort généraux, il y a la réalité de terrain à l’échelle d’un village, qui fait l’objet de cette conférence.

Pour la préparer, des sources écrites et orales ont été utilisées. Notamment le carnet dit Moyse, dont la rédaction a débuté vers 1884 et qui contient de nombreux remèdes savants, magico-religieux ou empiriques, répartis sur une centaine de pages. Il s’agit d’une compilation hétéroclite. D’autres Mélinois possédaient des cahiers ou des feuilles volantes remplies de formules de signatures.

Dans ces pratiques, on constate fréquemment le recours à l’analogie, au transfert (dans le cas des arbres à clou par exemple) et aux symboles (chiffres ou couleurs).

A Melen ou à proximité immédiate du village, j’ai recensé une douzaine de guérisseurs, pour le deuxième tiers du XXème siècle. La plupart récitaient des formules de signature, mais on dénombrait aussi trois rebouteux qui soignaient les luxations et les foulures essentiellement. Comme souvent, ceux-ci n’avaient pas connu leur père. L’un d’eux, toujours en vie, raconte avoir été envoyé aux quatre coins du village dès qu’il fut en âge de marcher. Le jeudi, quand ses camarades jouaient, il était requis pour toucher les blessures, selon une technique apprise sur le tas.

Pour les soigneurs, la transmission du pouvoir s’est souvent faite au sein de la famille. Certains ne soignaient qu’une maladie. Mais un cahier de guérisseur transmis à une dame du village reprend plus de cinquante remèdes, dont la plupart sont des formules de signature.

Aujourd’hui, ces pratiques semblent en déclin. Mais il faut se garder de juger trop rapidement. Car on a peut-être tendance à taire des pratiques qui paraissent dépassées aux yeux de beaucoup. Il y a aussi la faculté de se déplacer plus rapidement, qui met certains guérisseurs à la portée d’un plus grand nombre. L’arrêté-loi instaurant l’assurance maladie-invalidité pour les salariés en 1944, et la multiplication des médecins (environs fois cinq entre 1840 et 1979 dans la province) ont également porté un rude coup aux pratiques de médecine populaire.

L’exposé évoque aussi les pèlerinages effectués au départ de Melen afin de prévenir ou de guérir telle ou telle affection. La plupart des buts de pèlerinage sont situés dans un rayon maximal d’une quinzaine de kilomètres, ce qui rendait possible l’aller et retour pédestre dans la journée. Seules exceptions : les plus modernes, Banneux et Tongres, où l’on invoque l’Enfant Jésus de Prague. L’un des endroits les plus fréquentés est Noblehaye, et notamment sa neuvaine de Saint Antoine ermite, prié pour le bétail et pour les humains.

« Agriculture et commerce au XIXème siècle »

Thomas LAMBIET 

Le Plateau de Herve ? Le voilà : une multitude de villages incrustés dans cette partie de la Province de Liège, qui s’étend entre la Meuse et la Vesdre et qui est bornée au Nord et à l’Est par les Pays-Bas et par l’Allemagne. C’est le cœur de l’Eurégio multiculturel !

Sur ces terres, toutes les époques du passé ont laissé des traces. Les premiers hommes y taillent le silex, les hommes du Moyen-âge y défrichent les terres puis y cultivent leurs champs primitifs. Mais à partir du XVIème, les activités des manants changent. D’une région de labours, on passe progressivement à une région de pâturages. Le terrain très humide convient mieux à ce type de culture. Fin du XVIIème siècle, tous les villages ont effectué leur transformation.

De cette mutation va naître le marché d’Aubel, à la limite des deux cultures et donc au point de rencontre idéal pour le commerce. C’est aussi en cette époque que se développe la production du fromage du Limbourg ou de Herve, qu’une bactérie locale rend inimitable.

Au XVIIIème siècle, la chaussé « Liège-Aix », par les crêtes du Plateau sort alors la région de son isolement. Le commerce peut vraiment s’intensifier. L’industrie y trouve également son compte avec le travail du textile, l’exploitation de la houille, du plomb et de la blende, le développement des tanneries et de la fabrication des chaussures. Oui, le XIXème siècle est le grand siècle pour le Plateau de Herve. Avec des plantations d’arbres fruitiers dans les prairies se développent les siroperies et cidreries. C’est le début d’une industrie agro-alimentaire, qui, au déclin de l’industrie traditionnelle, va acquérir une réputation qui fait des Pays de Herve et d’Aubel des labels de qualité.

Si boulangers, bouchers et épiciers sont nombreux, charrons, voituriers et maréchaux-ferrants jouent également un rôle essentiel dans la vie à la campagne. Enfin, un type de commerce est particulièrement florissant dans la région : le cabaret que l’on fréquente à toute heure et particulièrement lors des marchés et … à la sortie de la messe dominicale.

Ainsi donc se dessine le Plateau de Herve en ces siècles où cohabitent troubles et dynamisme.

 

 
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