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2003 Conférence de Mr Pasquasy sur les hauts-fourneaux Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

 Pour info, en date de septembre 2008 :

Monsieur F. Pasquasy, membre du Cercle et ingénieur métallurgiste à la retraite, édite chez Céfal diffusion un ouvrage intitulé Les Hauts Fourneaux d'Ougrée- Histoire d'une usine à fonte. Rens. : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir   - En vente en librairie au prix de 23,75 euros

  
15 février 2003

Notes sur la conférence donnée par Monsieur Pasquasy

"L'évolution des hauts-fourneaux du pays de Liège entre le XIVème et le XXIème siècle" 

Un exposé qui fut tout autant passionné que passionnant !

Passionné car Monsieur Pasquasy s’emballe et nous emballe et passionnant tant par la manière tant technique qu’artistique et littéraire dont monsieur Pasquasy  a usé pour nous parlé de son sujet.

Techniquement, il nous a d’abord tous mis d’accord en expliquant à quoi sert un four. Le four sert à produire de la fonte (alliage de fer et de carbone) par la réduction du minerai de fer.

Sachons que pour obtenir de la fonte, il doit y avoir élévation de la température du minerai mais l’état est au départ liquide.  Pour obtenir dès lors ce qu’on appellera désormais universellement « la fonte wallonne », la fonte liquide sera oxydée dans une forge et le carbone brûlé.

La naissance  de cette  métallurgie remonte aux environs de 1500 ACN mais déjà dans les incontournables récits que sont l’Iliade et l’Odyssée, l’usage de ce métal apparaît.

Chez nous, les premières traces de cette « industrie » dateraient des environs de 3, 400 après Jésus-Christ.

Quand le  moyen âge débute, le fer est récupéré après la démolition du four,  en dessous de la loupe.  Les hommes sont encore bien présents.  Ils s’effaceront cependant de plus en plus au fur et à mesure que les fours deviendront de plus en plus grands.  Des chiffres confirment aisément cette affirmation !  Nous y reviendrons plus tard.

Son exposé envisageait le pays de Liège  soit ce qui correspond plus ou moins à notre province actuelle.

Il nous a expliqué les différentes conditions que cette région possédait (et possède toujours !) pour produire de la fonte et de l’acier.

Nous possédions des forêts bien utiles pour l’usage du charbon de bois.

Le minerai de fer se trouvait en quantité jusque dans les années 1866-1870.

Nos rivières offraient un débit suffisant pour activer les soufflets.

Trois bassins sidérurgiques existaient.  Celui de la Vesdre, Hoegne et Wayez.  Celui de l’Amblève e celui du Hoyoux.

Si Charles le Téméraire détruisit tout le centre sidérurgique de la région de Polleur au XVème siècle, le redressement fut néanmoins rapide puisqu’en 1580, c’est dans cette partie du pays de Liège que nous trouvons le plus grand nombre de hauts-fourneaux.

Aux environs de 1650, une première crise survient.  Les fours sont moins nombreux mais toute une série d’entreprises parallèles à la production du fer se créent.  On voit ainsi apparaître des fonderies, des quincailleries….

En 1810, il n’y a plus que 7 hauts-fourneaux au pays de Liège….

Et en terme de rendement ?  Si le nombre de hauts-fourneaux a diminué, il n’en va pas de même pour la productivité.

En 1660, on coule toutes les 16 heures.  Au fourneau de Noirfalize (ortho ? ?) sont produits 800 kg de fonte par jour.  Ce four fonctionne plus ou moins 100 jours par an à partir du mois d’avril.  Il doit en fait prendre en compte la capacité du foyer d’affinerie (retrait du carbone pour transformer la fonte en fer) qui fonctionne toute l’année et qui se trouve à côté.

En 1803 sont produits 1500 kg de fonte par jour.  Il y a deux coulées toutes les 24 heures. 

Le XIXème siècle, qui  est celui de la révolution industrielle, connaîtra encore des progrès incroyables en terme de rendement.    Mais si révolution industrielle il y a eu, c’est grâce à  la réunion de 3 facteurs.

Le premier est technique.  Il s’explique par la présence de la houille, de la vapeur et du fer.  Le coke sera utilisé pour la première fois dans nos régions en 1785 pour essayer de produire de la fonte.  Le premier haut-fourneau au coke de John Cockerill est construit en 1823 et permet de produire 10 tonnes de fonte par jour.  On est loin des 800 kg du XVIIème siècle !

Le second est financier.  La naissance du capitalisme est bien réelle.  Les banques se développent et permettent de financer les énormes investissements que cette industrie impose.

Le troisième est humain.  De grands entrepreneurs relèvent le défi !  Il s’agit des Orban, Beers et Lamarche.

On peut vraiment parler de révolution dès 1823 et encore plus dès 1844 quand sont produites environ 20 tonnes de fonte  par jour !

Et tout s’accélère encore quand dans la deuxième moitié du XIXème, l’acier fait son apparition !  L’acier n’est autre que de la fonte mais avec très peu de carbone et possédant des propriétés exceptionnelles.  (Procédé Bessemer et puis Thomas ? ? ?)

Liège connaît son apogée entre les années 1875 et 1913.  300 tonnes de fonte sont produites !

Et puis arrive 1914…  le drame !  Les Allemands détruisent volontairement tous les outils sidérurgiques.  De 22 hauts-fourneaux, on passe à 10 hauts-fourneaux en 1918.  Par chance, ils ne devront pas être complètement reconstruits et en 7 ans, le niveau de production de 1913 sera à nouveau atteint.

Mais le sort s’acharne…  la crise économique des années 30 n’épargnera pas la métallurgie.  Trois sites demeureront.  Il s’agit de ceux de Seraing- ? ? ?, de Seraing-Cockerill et d’Ougrée.

Jusqu’en 1993 pourtant, la production ne va cesser d’augmenter.  Les chiffres parlent encore d’eux-mêmes.  1950 : de 750 tonnes à 1000 tonnes par jour, 1962 : 1500 tonnes par jour et 1993 : 10 600 tonnes de fonte par jour. 

Avant de conclure en envisageant l’avenir du bassin liégeois, nous voudrions insister sur la note artistique et littéraire que monsieur Pasquasy a donnée à sa conférence en utilisant deux tableaux l’un de Jean Breughel le Vieux (Bruxelles, 1568 – Anvers, (1625) et l’autre de Henri Bless (mort avant 1567) mais aussi en nous faisant vibrer grâce à la lecture d’extraits d’œuvres de Victor Hugo.

Le tableau de Brueghel permettait de nous prouver l’existence d’un fourneau dans la région de Spa avant 1625, celui de Bless de nous représenter toutes les étapes du traitement du minerai de fer depuis la mine jusqu’à la forge.

Et puis, l'extrait choisi dans l'oeuvre de Victor Hugo "Le Rhin, Lettre à un ami, Voyage en voiture de Liège à Huy, " fut particulièrement évocateur.

Plus loin, à l’entrée de cette vallée enfouie dans l’ombre, il y a une gueule pleine de braises qui s’ouvre et puis se ferme brusquement et d’où sort, par instants, avec d’affreux hoquets, une langue de flammes.  Ce sont les usines qui s’allument.  Quand on a passé le lieu « la petite Flémalle », la chose devient inexprimable et vraiment magnifique.  Toute la vallée semble trouée de cratères en éruption.  Quelques-uns dégorgent derrière les taillis des tourbillons de vapeur écarlate étoilée d’étincelles ; d’autres dessinent lugubrement sur un fond rouge la noire silhouette des villages ;  ailleurs des flammes apparaissent à travers les crevasses d’un groupe d’édifices.  On croirait qu’une armée ennemie vient de traverser le pays … .

Au moment où Monsieur Pasquasy présentait sa conférence, la société Cockerill Sambre venait d’annoncer la fermeture à terme des deux derniers hauts-fourneaux liégeois.  Depuis, nous savons qu’un de ceux-ci fermera en mai 2005 et l’autre en fin 2009.  Ainsi sera tournée définitivement une riche page de l’histoire de notre région.  Cependant, cette histoire n’est pas finie !  Alimentée demain par de l’acier provenant d’installations côtières, peut-être après-demain de productions du Brésil ou d’ailleurs, la sidérurgie à froid contribuera à élaborer des produits de plus en plus nobles toujours renouvelés par l’innovation et que nous retrouvons partout dans notre vie quotidienne (voitures, radiateurs, électroménager, hi-fi, …).  Elle contribuera ainsi à maintenir à la pointe du progrès cette industrie qui nous vient du fond des âges.  La longue saga du fer et de l’acier est loin d’être terminée !

 
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